30 ans


 

Aujourd’hui, j’ai trente ans. J’ai joué à saute-mouton avec mes vingt-neuf ans. Pour la première fois depuis des années, je n’ai pas écrit le jour de mon anniversaire. Les mots avaient pris la poudre d’escampette. Pour mes vingt-neuf ans, j’étais perdue et apeurée. J’étais partie retrouver l’air dans les Pyrénées et je m’étais retrouvée, seule, au bord d’un lac au milieu des montagnes encore enneigées. Il faisait doux. C’etait le printemps et c’était beau. On aurait dit le bout du monde. Au sommet, j’ai déposé mes doutes et mes peurs et je me suis promis une année lumineuse.

Aujourd’hui, j’ai trente ans et je suis toujours aussi perdue. Je ne sais pas où je serai demain, mais, cette fois, je souris à l’écrire. J’ai appris à accepter mes doutes et mes peurs. A accepter de laisser les réponses éclore. J’ai appris, aussi, à baisser la garde et fendre l’armure, et c’est sûrement la plus belle leçon de l’année. J’ai trente ans et je ne suis pas forte. Non. Je n’essaie plus de paraitre forte. Pour la première fois de ma vie, j’accepte les mains tendues.

Aujourd’hui, j’ai trente ans et depuis mes vingt ans, j’ai obtenu trois licences et un master. J’ai créé deux entreprises. J’ai lancé un magazine, adopté un chien, créé un agenda. J’ai voyagé. Beaucoup. J’ai été fascinée par la poésie de la Thaïlande et la beauté glaciale de la Laponie. J’ai levé les yeux, je me suis regardée, et je me suis réconciliée doucement avec mon reflet. J’ai rencontré des personnes formidables. J’ai écrit, lu des centaines de livres, trinqué à l’avenir. J’ai tremblé, j’ai aimé et je me suis écorchée. J’ai donnée vie à des idées et des couleurs bancales. Je les ai faites, jour après jour, tenir debout. J’ai été, parfois, un peu, fière. J’ai pris des photographies. J’ai conseillé et aidé. J’ai appris à me tenir droite. J’ai été silencieuse. J’ai été là. Je me suis enthousiasmée et j’ai fait, chaque jour, de mon mieux.

Aujourd’hui, j’ai trente ans. Je dors, toujours, avec un doudou et je bois du chocolat chaud. Je porte des bensimon et des shorts en jean. Je ne sais pas me maquiller. J’ai des bleus sur les genoux et des étoiles accrochées au poignet.

J’ai trente ans. Je me réveille et je suis au bord de l’océan. J’ai trente ans et j’apprends à ralentir et à penser à moi. J’apprends à dire non. J’essaie d’acheter le plus joli des appartements. Je fabrique des affiches, j’ai des projets et des rêves qui font battre mon coeur un peu plus fort.

Aujourd’hui, j’ai trente ans et je me souhaite de ne jamais m’endormir, de ne jamais laisser la vie filer et de rester à coté. Je me souhaite la vie en lettres capitales et lumineuses. Des premières fois et des mains qui tremblent. Je me souhaite de continuer à rire à m’enthousiasmer à m’écorcher à pleurer à aimer. A la folie, passionnément.

 

 

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Orévwar la Guyane !


 

25 mars 2017

“Je suis dans l’avion, la tête posée contre le hublot. Les jours semblent s’être évaporés depuis notre arrivée à Cayenne. Le soleil se lève et j’ai, au creux de moi, l’énergie des jours heureux.

On arrive dans un peu plus d’une heure à Paris. Je vois, du hublot, doucement le soleil se lever. Le ciel, à l’image de ces dernières journées, semble magique. Je souris et j’ai des poignées d’images et d’émotions qui me collent à la peau : si la Guyane n’aura pas été le voyage le plus facile, il restera un des plus marquants.
Je me souviendrai de ses rencontres, de son histoire et de sa luminosité particulière.

En Guyane, j’ai vu des tortues géantes, passé une soirée avec une famille amérindienne, fait de la pirogue au milieu des caïmans. Je suis restée sans voix face à la beauté des marais de Kaw. J’ai pris un bain de soleil au coeur de l’hiver, découvert l’histoire des bagnes et gouté des fruits aux noms inconnus. J’ai flâné dans Cayenne et marché dans la forêt amazonienne. J’ai préparé un repas face à l’océan et observé huit couchers du soleil.

J’ai dormi au milieu de la jungle et mis les voiles vers les îles du Salut. J’ai ri, beaucoup. J’ai partagé un repas à la bougie et j’ai reçu sûrement un des plus doux massages de ma vie. J’ai bu des dizaines de planteurs et j’ai trinqué à la beauté de ces jours-là. Je me suis baignée dans une eau turquoise et on aurait dit le paradis. J’ai serré ma chance de vivre ces moments-là et j’ai répété des poignées de fois que je ne pourrais pas être vraiment plus heureuse qu’ici et maintenant.

 


 

Je viens de terminer Design web responsive et responsable de Scott Jehl. Je pense aux mots d’Anne, avant de monter dans l’avion, sur sa fascination de ma capacité à travailler et à mon étonnement face à ce ressenti-là. Je répète souvent – et en le pensant sincèrement – que j’ai la chance de ne pas travailler beaucoup. Que j’ai la chance de vivre de ma passion tout en ayant du temps pour profiter de la vie. De ne jamais mettre de réveil le matin, d’aller au cinéma parfois l’après-midi et de ne jamais avoir à regarder l’heure lorsque je déjeune au restaurant. La chance finalement de vivre, et de travailler aussi, à mon rythme.

Je disais à Anne que retoucher les photographies n’était pas vraiment travailler. Qu’écrire ou partager quelques conseils, non plus, évidement. Que cette semaine fut au ralenti et qu’elle m’avait remplie d’énergie pour les journées un peu plus denses à venir. J’avais fait ce que qui me rendait heureuse. Je n’avais pas beaucoup travaillé, ou tout au moins, j’avais eu l’impression de ne pas beaucoup travailler et je crois que c’est l’essentiel.

Je souris en repensant à ma lecture dans l’avion et en me disant que je pourrais affirmer la même chose. Non, non, non, ce n’est pas travailler.

Et puis, la vie, c’est des vacances ?”

 

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Awala yalimapo, Guyane


« Le sentiment de gratitude et d’humilité que chaque membre d’une culture donnée peut et doit éprouver envers tous les autres, ne saurait se fonder que sur une seule conviction : c’est que les autres cultures sont différentes de la sienne, de la façon la plus variée ; et cela même si la nature dernière de ces différences lui échappe ou si, malgré tous ses efforts, il n’arrive que très imparfaitement à la pénétrer»

Claude Levi-Strauss

 

 

Ce matin, je me suis réveillée avant que le jour se lève. J’avais l’impression d’avoir un temps infini qui s’offrait à moi. Alors, j’ai marché pieds nus jusqu’à la cuisine et j’ai fait chauffer de l’eau.

J’ai écrit la Guyane à mesure que le ciel devenait pastel et semblait annoncer, comme depuis quelques jours à Toulouse, une belle journée. J’ai écrit la Guyane en me rappelant de mes rêves là-bas, de ce sentiment de liberté et de cette petite voix à l’intérieur qui semblait alors un peu plus distincte.

Cela sentait bon l’été.

 

 


 

J’ai écrit, en pensant à tous ces voyages et rencontres qui me font grandir, et qui me donnent chacun à leur façon, la force de construire, ou plutôt d’essayer de construire, une vie à mon image. Qui me permettent de comprendre le monde qui m’entoure et ma place dans celui-ci.

J’ai pensé aux mots échangés, sur la plage, avec ce chef amérindien sur l’importance des traditions, de l’héritage et de la transmission. De cette nécessité, parfois, de prendre du recul avec sa propre culture, et l’ordre du monde associé, quand celle-ci semble un peu trop lourde à porter. Cette nécessité afin de construire, doucement, son monde à toi. De se construire. De s’éloigner de son quotidien, d’en découvrir d’autres, pour mieux apprivoiser et s’ancrer dans le sien.

Je me suis souvenue des mots de Marie-Pierre qui faisaient écho à mes interrogations, de son humilité et de son bienveillance. Alors quand, avant de partir, il m’a tendu son livre, j’ai souri de découvrir cette citation de Claude Levi-Strauss en exergue.

C’est pour ces rencontres, ces échanges et ces découvertes que je voyage.

 

 


 

Je le savais : en venant en Guyane, je trouverai peu de plages de sable fin et d’eau turquoise. Alors, j’ai troqué cette beauté-là contre une plage sauvage où l’on croise des dizaines de poissons lorsqu’on s’approche de l’eau, des tortues à la nuit tombée et où l’on entend au loin le bruit des singes dans la forêt.

A Awala Yalimapo, on a cuisiné, ri, trinqué à la Guyane et aux belles rencontres. On a répété Awala Yalimapo, de plus en plus vite, en s’efforçant de ne pas l’écorcher. Forcément, on finissait toujours par s’emmêler les pinceaux. Forcément, on essayé à nouveau.

On a mis de la musique, grignoté des chips de banane plantain et ronchonné contre les dizaines de moustiques. On s’est badigeonnés de crème et on a allumé de l’encens pour tenter de les repousser. On a marché sur la plage au crépuscule, vu le Suriname de l’autre côté du fleuve et des traces de tortues. On a partagé une chambre commune et quelques hamacs.

On a mesuré, à chaque instant, notre chance d’être là et de partagé ces moments-là ensemble.

 

 


 

Cette journée-là avait un goût particulier. Plus qu’une autre, elle était sous le signe des rencontres et de l’émerveillement : avec ce chef amérindien, avec Rita et sa famille où l’on a partagé un repas et un toit pour la nuit, et avec l’espérance de tomber nez à nez avec des tortues à la nuit tombée.

C’était doux, lumineux, authentique et incroyablement fort.

 

 

 

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