Latence


Alors, voilà, c’est compliqué. La situation est compliquée. Depuis plus d’une semaine, je me répète chaque jour, que je devrais venir écrire ici pour vous tenir au courant, parce que je crois plus que jamais au pouvoir et à la force des mots, parce qu’égoïstement, vos mots et attentions me font aussi beaucoup de bien. Parce que même si je reste silencieuse, je vous lis et que cela m’apporte souvent un peu de légèreté et de réconfort.

Parce que les dernières commandes que j’ai reçues sont de pensées positives envoyées, des cadeaux, et que c’est aujourd’hui une belle façon de dire tout l’amour que l’on porte à ses proches.

Pourtant, depuis une semaine, je reste prostrée et sidérée face à la situation sans savoir quoi faire ni comment réagir. J’oscille. Même si je sais que l’énergie va vite revenir, j’ai peur pour mes parents, ma famille, mes amis. Pour vous aussi. Pour toutes les personnes précaires et celles qui doivent continuer à travailler à l’extérieur et qui sont exposées chaque jour.

Depuis plus d’une semaine, je ne suis pas sortie de chez moi – si ce n’est pour sortir Holly, deux fois par jour, méthodiquement, devant l’immeuble. Je me répète que je dois tout arrêter, rester confinée et attendre que la tempête passe. Que la plupart des affiches sont chez mes parents et que, bien sûr, je veux leur faire prendre aucun risque.


J’ai peur. C’est irrationnel et égoïste. C’est, sûrement aussi, humain. J’ai très peur pour mon entreprise que j’ai créée il y a bientôt dix ans. Je sais que je n’ai aucun filet de sécurité, aucune économie (les petites économies que j’avais ont été utilisées, il y a un an, pour l’apport de mon appartement et j’imagine que le vendre à la fin de cette crise ne sera même plus une réelle solution…). J’ai peur de tout perdre et je sais que cela peut, et va, aller très vite. Je sais toutes les charges et les coûts mensuels indissolubles. J’aimerais être plus forte.


J’ouvre mes fenêtres. Le temps s’étire. J’observe la valse des passants, justement des livreurs aussi, et des scooters UberEats et Deliveroo, au fil de la journée, en bas de mon immeuble : est-ce que mes affiches, et mes quantités minuscules, changeront grand chose face à cette crise sanitaire mondiale? Certaines minutes, je me dis que non, que je suis une goutte d’eau. Je me dédouane. J’ai peur. Et puis, inlassablement, cela revient. Cela clignote dans ma tête et je me dis que l’on a, tous, notre part de responsabilités à prendre.

Alors, j’attends. Je dors. Je me lève pour applaudir à vingt heures et, chaque fois, cela me colle des frissons. Je me dis que demain, je saurai. Je comprendrai. Que demain sera un autre jour. Le lendemain, je me lève et je ne sais toujours pas.

On me répète d’appeler mon comptable, les impôts, la banque. D’envoyer mes factures. De prendre mes dispositions, vite. Très vite. Qu’après, cela sera déjà trop tard. Je n’ai rien fait. Je me promets de le faire, chaque jour, demain : demain, demain matin, c’est promis.


Je me connais, j’ai cette chance d’être un naturel optimiste et têtue, je sais que l’énergie et la créativité vont revenir. Que de tout chaos, il en sort quelque chose de beau. J’ai confiance en la vie. Je mesure ma chance d’être confinée, dans un lieu sûr et lumineux. En attendant, je m’autorise ce temps de latence, ce temps de non-productivité et performance inattendue.

J’ai des idées qui fleurissent. Des affiches, en privilégiant, le format PDF, avec de beaux mots à envoyer à ceux qu’on aime « De chez moi, je pense à toi », une affiche avec de belles idées à faire seul ou en famille durant cette période confinée, une affiche à partager pour ceux qui prennent des risques pour nous chaque jour, pour les soignants, les livreurs, les caissiers – je l’ai finalement écrite après la rédaction de cet article et vous pouvez la télécharger gratuitement ici. Les autres, on pourrait les écrire à plusieurs si vous le souhaitez. On pourrait les écrire pour dire « merci », « la vie est belle » et cela nous fera du bien, je crois aussi, de partager ces pensées positives ensemble.

Hier matin, un client m’a murmuré aussi une solution temporaire : vous proposer de passer commande sur le site au format A2, et si vous le souhaitez, je vous enverrai alors l’affiche au format PDF, sans frais supplémentaire, en attendant la livraison réelle quand l’orage sera passé. Si vous la commandez avec support, je pourrais même la personnaliser gratuitement au format PDF. Il suffit, après votre commande, de me glisser un mot à may@lesmotsalaffiche.fr.

Est-ce que cela vous dirait ?


L’horizon sera un peu plus clair demain. Je n’ai pas encore expédié vos dernières commandes. Elles sont toutes prêtes à partir. La Poste est au bout de ma rue, et j’ai la chance qu’elle soit ouverte. J’irai à la Poste demain ou mardi. Si vous souhaitez passer une commande sur lesmotsalaffiche.fr, vous pouvez encore. Après, on verra fil des jours, d’accord ?

A l’intérieur de chaque commande, je vous glisse une carte « tout ira bien » comme grigri porte-bonheur : parce que même si tout ça nous secoue et nous bouscule, que c’est un peu compliqué ; on se promet que tout ira bien, d’accord ? La vie est belle, oui.

Prenez bien soin de vous,

May

Ps : Comme, je ne sais ni coudre ni fabriquer des masques, j’ai fait ce que je sais faire, encore, je crois, le mieux : mettre des mots à l’affiche et rester confinée chez moi. Vous pouvez imprimer l’affiche gratuitement et l’offrir à tous ces héros de notre quotidien – choisissez la version numérique.

C’est ma façon de dire merci aux soignants, livreurs, éboueurs, caissiers et à tous ces métiers indispensables. Elle est pour vous si vous en faites partie afin que vous n’oubliez jamais combien vous êtes courageux et combien votre travail est nécessaire et précieux. Et puis, bien sûr, vous pouvez l’offrir si vous souhaitez, à votre tour dire, merci.

Vous aimerez aussi
C'est promis

L’image de la perfection


Il y a quelques années, j’aurais rejeté cette photographie à cause du doudou préféré d’Holly dans le fond et c’est peut-être ce doudou (et le regard d’Holly) qui fait que j’aime tant cette image et qu’elle m’émeut aujourd’hui. J’aurais sûrement fait disparaitre l’étiquette blanche sur le pot de la plante et harmonisé la couleur du fauteuil. J’aurais peut-être aussi trouvé la photographie trop sombre et retravaillé la luminosité. J’aurais guetté chaque détail à la recherche de la moindre imperfection.


Il y a quelques années, je voulais des photographies parfaites et aseptisées. Je recherchais, sans vraiment m’en rendre compte, cette perfection que l’on retrouve dans les magazines de décoration. A chaque fois que je sortais mon appareil photo, et déclenchement après déclenchement ; l’angle se vidait, de chaque objet, que je jugeais de trop. Je faisais le vide. Il fallait que rien ne dépasse. Il fallait que tout soit aligné, rangé et ordonné.


Il m’aura fallu du temps pour accepter mes failles et mes fêlures, pour accepter que ce joyeux bordel faisait intrinsèquement partie de mon quotidien. Que c’était ces imperfections qui me rendaient vivante. Parce que ce doudou-là, c’est aussi Holly, qui le prend dans sa gueule en remuant la queue, alors qu’il est plus grand qu’elle et qu’il l’empêche de marcher, à chaque fois que je pousse la porte de l’appartement.

Il m’aura fallu des années pour oser sortir du cadre, accepter ma vulnérabilité et commencer à m’écouter. Commencer à penser à moi, à dire non et à accepter que ce qui me rendait heureuse ne ressemblait pas forcement ni à un magazine ni à l’image que je me faisais de la perfection.

Alors, voilà, cette photographie, elle est parfaite comme elle est, avec sa luminosité de fin de journée et ses marqueurs de notre quotidien. Elle nous ressemble et c’est l’essentiel.

Vous aimerez aussi
C'est promis

Tout ce qui nous lie


« Si tu ne saisis pas le petit grain de folie chez quelqu’un, tu ne peux pas l’aimer. Si tu ne saisis pas son point de démence, tu passes à côté. Le point de démence de quelqu’un, c’est la source de son charme. »

Gilles Deleuze

Avec les années, mes amis sont devenus essentiels à mon équilibre. Ils sont ma boussole, mon espace d’expression et de liberté.
J’ai mis beaucoup du temps à me faire des amis. Petite, j’avais peur. Je donnais peu de moi. Je me protégeais. Ou plutôt, j’essayais de me protéger. Je voulais être parfaite. Je voulais aussi, je crois, qu’on m’aime. Je jouais la meilleure version de moi-même. Je jouais la perfection.

Et un jour, je ne sais ni trop comment ni trop pourquoi, j’ai enfin compris : j’ai compris qu’en amitié, comme en amour, on n’obtient rien sans se mettre à nu. J’ai compris qu’il faudrait que j’accueille et offre ma vulnérabilité si je voulais que l’autre, en face de moi, m’offre la sienne. J’ai compris, ce jour-là, qu’on ne m’aimerait jamais parce que je semblerais heureuse et équilibrée mais que l’on m’aimerait, toujours, pour ma sincérité et pour, c’est un peu bête, oui, celle que je suis. Qu’on m’aimerait autant pour mes fêlures et ma fragilité que pour mes réussites.

Sans vraiment m’en rendre compte, j’ai baissé doucement la garde. J’ai levé la tête et je me suis regardée. En m’apprivoisant, j’ai oublié la peur du jugement et du regard de l’autre. J’ai oublié cette recherche, vaine, de perfection. J’ai appris à m’aimer et je me suis alignée. J’étais alors prête à m’accueillir, puis à accueillir, l’autre. Je me suis ouverte.
Et, alors, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire. J’ai rencontré, tout à coup, sur mon chemin, une poignée de personnes formidables, qui sont devenus, au fil des mois et des années, mes essentiels.

Alors, j’ai écrit cette affiche en pensant à eux. A ces êtres incroyables qui sont là pour rire pour un oui, pour une bêtise. Qui sont là pour me secouer quand je tremble, quand j’ai peur et quand je dis que je n’y arriverai pas cette fois. Qui sont là quand je fais une bêtise (souvent donc !) et quand je grimpe fièrement – ce qui me semble – des sommets. Qui sont là pour aller boire des verres jusqu’au petit matin et m’écouter radoter et pleurer, durant des heures, sur le même sujet. Qui sont là pour relire patiemment mes affiches (merci Benoit, c’est grâce à toi qu’on évite une énorme coquille sur cette affiche !) et veiller sur moi.

Alors, voilà, j’ai écrit cette affiche égoïstement pour leur dire merci : vous êtes, quand même, les meilleurs amis du monde.


L’affiche sur l’amitié est disponible sur Les mots à l’affiche. Et si vous avez, vous aussi des amis formidables et que vous ne savez pas trop comment leur dire que vous les aimez, vous êtes autorisés et encouragés à partager cet article.

Vous aimerez aussi
C'est promis