Le tourbillon de la vie


Et soudain, tout s’est accéléré. Accentué. Les journées courtes, le vent qui glace un peu, la pile de post-it. Une semaine que je cours. Sept jours à ne pas reprendre mon souffle. Pour le travail, le déménagement, pour la vie qui continue malgré tout.

Dans le salon, les cartons s’accumulent. Déménager, c’est aussi retrouver enfouies des poignées de souvenirs et ne pas trop savoir quoi en faire. C’est jongler avec. Les photographies, les mots gribouillés, les pensées. Il y a six mois, trois ans, ou cinq. On se croirait dans un musée. La vie figée. Brusquement. Depuis combien de temps cette lettre est-elle restée au fond de ce tiroir ? Que s’est-il passé depuis ? La plupart du temps, je ne lis que les premières phrases, ne jette qu’un coup d’oeil avant de l’enfouir dans un carton. Malgré tout, cela soulève le cœur. Cela bouscule. C’est assez pour se souvenir des lieux, des visages, de l’atmosphère. C’est une vague qui saisit. Le temps qui passe qui se fige qui réapparait. Violemment.

Au milieu de tout ça, il y a les papiers à remplir, le nouvel appartement à chercher, les mails qui s’accumulent, et le travail qui s’accélère. Je me répète qu’il va falloir que je m’organise, que tout est une question d’organisation et de volonté. Il va falloir respirer et, surtout, ne pas paniquer. Chaque chose en son temps. Cela prendra le temps qu’il faudra. Je crois ne pas avoir eu le temps de savourer, encore, la douceur de l’automne. Et pourtant, il n’y a rien de mieux qu’un thé chaud, un livre et qu’un canapé douillet pour s’y lover.

Dans 12 dodos, je déménage. Dans 17, je serai en Corse. Dans 35, en Islande. Et il va falloir prendre le temps de respirer, aussi.


 

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Le 1er jour et ce goût de liberté


 

Le premier réveil, le premier café, la première journée. Pour la première fois hier, je travaillais pour moi. Cela ne change pas forcement grand chose, il m’arrivait déjà parfois de travailler en télétravail pour mon entreprise. Alors, le lieu, je le connais déjà par coeur. Les missions, ont déjà commencé pour la plupart il y a quelques semaines déjà.

Ce qui change, c’est le point de vue. C’est cette notion de liberté qui vient se glisser, qui s’infiltre et qui finit toujours par se rapprocher inexorablement de la peur. De la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas y arriver, de se laisser submerger. Mais, il y a tout le reste. A coté. Au dessus. En dessous. Il suffit de lever un peu le regard pour le voir, ce changement-là.

Maintenant, je me dis que si là, tout de suite, je veux aller au cinéma, prendre mon sac et finir la journée dans un autre pays, je peux. Je peux parce qu’il n’y aura personne pour m’attendre dans un bureau trop sombre le lendemain et qu’il n’y aura personne pour m’en faire le reproche non plus. Je peux travailler à mon rythme et sur les projets qui me tiennent à coeur. Je peux dire « non » quand un projet ne me parle pas et ne correspond pas à mes valeurs. Je peux décider d’aller vivre au bout du monde si cela m’enchante et venir écrire quelques mots ici à n’importe quelle heure.

Alors même si je ne le fais pas forcement, cela ouvre un champ de possible immense, que cela m’en donne la vertige. Et ça, c’est tellement parfait. Tellement.

 

 


 

 

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Partir et recommencer ailleurs


La lettre envoyée, les jours sont comptés. Dans quelques semaines, il n’y aura plus que des cartons qui s’accumuleront ici. Partir, c’est tout à coup se rendre compte comme on s’y sent bien. Comme on a finalement apposé nos marques ici. Une évidence qui secoue-bouscule-tourneboule. Je regarde nos murs comme si c’était la dernière soirée, la dernière nuit, le dernier réveil dans ces draps. A la fenêtre, je me fonds avec l’horizon. En deux ans, la vue sur les toits de la ville me fait toujours autant chavirer.

Il y a une certaine harmonie qui transparaît, un peu de « nous » dans ce petit appartement du dernier étage. A l’idée de partir, j’ai le cœur mordillé. Une pelote dans le creux du ventre. Je ne pensais pas que j’aurais pu m’attacher en si peu de temps à une ville, y être heureuse. En quittant Toulouse, je laissais du vide, des liens serrés. On a jeté des kilomètres avec ceux qui comptent.

Et puis, peu à peu, on s’est abandonnés au lieu. A la ville. On a épongé le manque. L’appartement est devenu notre boussole. L’université, le bar du bout de la rue. Le marché le dimanche matin, le restaurant sur la petite place, la piscine, la salle de cinéma à deux pas. Les nouvelles rencontres, les verres pris, les cours. Un quotidien s’est installé, nous a accompagné durant deux ans. Deux années où les mois ont glissé et où j’ai terminé mon cursus universitaire.

De Poitiers, j’en conserverai une douceur de vivre, une certaine facilité pour s’accrocher au lieu. Une vie simple. Je me souviendrai de la bruit de la pluie sur le toit la nuit, de la couleur du ciel au printemps et des soirées à réviser accompagnées par le murmure de la ville. De ses parcs en été et de son atmosphère féerique en hiver. De Poitiers comme une ville qui s’apprend qui s’apprivoise qui apaise.

Dans un mois, on s’envole pour le Sud. Recommencer ailleurs. Partir, lancer les dés, reconstruire et se tisser un nid. Voilà, ce qui nous attend et qui me donne le tournis. Tous les possibles sont ouverts. Mais, pour le moment, je m’accroche.

 

 


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