Barcelone


Et puis, il y a eu le manque. Le manque d’extraordinaire, de soleil, de poésie. Sur un coup de tête, ou de cœur, faire son sac.

Fuir la routine et ses angoisses. Fuir le ciel gris qui semble peser sur les épaules. Fuir la petite voix à l’intérieur. Fuir le quotidien qui vous prend à la gorge, vous saisit et vous empêche de respirer. Fuir.

Fuir les questions sans réponse. Les laisser flotter, les oublier presque. Jeter des kilomètres avec la vie d’adulte. Avec ses responsabilités, ses devoirs et ses contraintes. 

D’abord la mer, ensuite le ciel bleu. Après ; après, dis mon amour, on verra, d’accord ?

Louer un scooter, éteindre son téléphone. Savourer le soleil. Savourer l’été en hiver. Savourer la légèreté retrouvée. S’envelopper d’amour, de beauté et de lumière. Respirer, au milieu de l’hiver, à pleins poumons. Se nourrir de tendresse, du bruit des vagues et de churros.

Ce samedi matin, au lever de soleil, lundi semblait si loin. 

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Brève de Noël


Et puis, il y a eu ce Noël si particulier.

Ce Noël où l’on sait déjà que le prochain sera différent. Il y a la fatigue de décembre qui colle au cœur, et des affiches et des mots qui débordent encore sur le bureau. La porte est fermée.
Le sapin brille et le menu est gribouillé-raturé sur un bout de papier. La buche est réservée, les courses faites.
Le matin, tôt, la table est déjà dressée. Les cadeaux emballés avec soin ont été glissés sous le sapin.

Il reste l’attente.

Chaque veille de Noël, je me demande à quoi ressemble Noël chez les autres. Je me demande si beaucoup de grandes personnes ont préservé la magie et l’émerveillement sans que la vie vienne les bousculer et écorcher.
Est-on nombreux à vivre un Noël qui ressemble à celui que l’on voit dans les films ? Combien sommes-nous à rêver d’un Noël qui n’existe pas ? Combien d’entre nous courront après un idéal qui finit, souvent, par nous décevoir ? Pourquoi Noël catalyse-t-il autant de joie, d’espoir que de chagrin et de solitude ?

Chaque Noël, j’ai une pensée pour les personnes seules et celles pour qui Noël représente plus de stress que d’amour. Je pense aux personnes malades qui ne pourront se déplacer, à celles qui travaillent et sont loin de leurs proches.
Je pense à la solitude que l’on peut ressentir quand on observe, sur Instagram, les familles qui semblent si parfaites dans un décor qui semble tout aussi parfait. Je pense à ce sentiment d’imperfection et de comparaison qui surgit et qui déstabilise.

L’année dernière, je n’ai pas fêté Noël. On n’a pas fêté Noël avec ma famille. C’était la première année que je ne célébrais pas Noël. On était fatigués par le mois de décembre. On était comme souvent, après des semaines trop intenses, enrhumés et épuisés. On avait puisé nos dernières forces et on s’était promis de célébrer le Nouvel An, ensemble, quelques jours plus tard.
À la nuit tombée, je me souviens avoir observé les familles des autres sur mon téléphone, et de ce sentiment de solitude si inconfortable qui m’avait secouée.

Alors, cette année, j’ai décidé de tout organiser. Je voulais un Noël en famille et joyeux. Je voulais que l’on soit réunis. Je voulais mettre à nouveau les petits plats dans les grands. Je voulais des plats et des lumières qui réchauffent le cœur. Je voulais un sapin qui brille et des cadeaux qui surprennent et rappellent notre complicité.

Je voulais de l’amour et ma famille auprès de moi.

Ce 24 décembre, je n’ai pas touché à mon téléphone. Je n’ai pas regardé Instagram. Je ne me suis pas comparée. J’ai juste pris ces deux photographies pour me souvenir de ce Noël-là.

Et j’ai pensé que si mon Noël était loin d’être parfait, il était doux et en famille ; et que j’avais une chance folle d’être aimée et entourée. C’était bien là l’essentiel.

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Sauter dans le vide


Décembre, je me laisse emporter par une vague de travail et d’angoisses. J’oublie de respirer, de rêver, de vivre. J’oublie beaucoup de choses.

Janvier, je me retrouve chiffonnée et cabossée. Alors, pour les douze prochains mois, je me fais la promesse de ralentir et de moins travailler. Je me promets, dans la foulée, de voyager à nouveau. Je sais combien c’est nécessaire à mon équilibre.

Février, j’envoie un message à Said en lui demandant s’il y aura une transhumance au printemps et si je pourrais y participer. Cette idée me met en joie.

En attendant, je réserve un vol pour Ibiza, et un van pour début avril.

Mars, Saïd me confirme la transhumance. Je décide de rester une semaine supplémentaire à Touda ecolodge après le trek pour écrire, rêver et m’étonner. C’est de l’écolodge que je vous écris ces lignes aujourd’hui.

Avril, j’ai 35 ans et je déborde de doutes. Je commence à me demander si j’aurais assez d’énergie pour gravir une montagne. Je me demande si c’est vraiment une bonne idée. Je me demande beaucoup de choses et je n’ai aucune réponse. J’enfouis mes questionnements sous une tonne de travail.

Début mai, Saïd m’encourage à me préparer physiquement. J’y pense et la seule préparation physique que j’effectue sont des aller-retour entre mon lit, ma cuisine et mon bureau.

Mi-mai, Saïd m’apprend qu’une vague de froid et de la pluie sont à prévoir durant la transhumance. Il faut prévoir des vêtements chauds. La nuit, les températures seront négatives. La veille de mon départ, il neige à Touda. J’ai peur du froid, de la pluie, de la neige, de mes capacités physiques. De tout.

Alors, comme toujours dans ces cas-là, je coupe mon cerveau et je saute dans le vide : je m’envole vers Marrakech sans savoir encore que je vais vivre une des expériences les plus intenses, riches et vivifiantes de ma vie.

Allez, je vous raconte ?

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