On pose nos bagages en Espagne ?
Je me souviens la dernière fois où j’avais fermé la porte de l’appartement. C’était en juillet, je pleurais. Je savais que cette ville allait me manquer. Je ne savais pas encore comment. J’avais serré les petits poings et m’étais promis d’y revenir. Dans moins d’un an, croix de bois, croix de fer.
Le 11 août, je revenais sur mes pas. J’avais l’impression que cela faisait une éternité. Deux ans, deux ans où j’ai repoussé mes envies d’Espagne. Durant le trajet, les images se cognaient. Depuis ce départ, la vie s’est imposée. Parfois, je m’en mords les lèvres de me laisser autant glisser et de ne pas attraper le temps qui passe. De ne pas prendre le temps qui passe.
Mille fois durant le trajet, j’ai eu envie de tout plaquer. Voyager-enseigner-créer-vivre. Tout. Les longs trajets sont le moment idéal pour faire le point. Et rêver plus que de mesure. Dans le lecteur CD, il y avait toujours ce vieil album de Biolay qui tournait en boucle. Les sept heures de route se sont évaporées.
A l’arrivée, il faisait une chaleur moite, une chaleur qui enveloppe. La fatigue collait au front. Un sourire accompagnait à chaque respiration. A nouveau, j’étais à Valencia. Comme avant, j’ai dormi avec la fenêtre grande ouverte. Il n’y a qu’en Espagne où le bruit de la rue ne me dérange pas.
Cette semaine-là, on a beaucoup discuté. En quelques jours, on est allés, plus de fois, à la plage que lorsque j’y vivais. On a cuisiné, ensemble. J’ai retrouvé mes marques. Il fallait que je vois que tout était toujours là. A sa place. L’université, mon ancien appartement, la mer à perte de vue. Aller à Port Saplaya, me perdre dans la vieille ville, manger dans le restaurant chinois du coin de la rue. On a trinqué dans le bar d’en face, les mojito avait toujours le même goût. On a passé plusieurs soirées au 100montaditos, tissé des histoires en deux langues, programmé des futurs voyages.
Au début de la semaine, on a pris la voiture et on est partis tous les quatre vers le Sud. Le voyage sentait la bonne humeur. A Cordoue, on a mangé le meilleur salmorejo d’Espagne, découvert ses ruelles et ses patios fleuris. On s’est perdus et retrouvés face à sa mosquée. A l’intérieur, sa beauté nous a rendu muet. A Grenade, on a mis vingt minutes pour se garer dans la petite place et faire enfin nos premiers pas dans la vieille ville. A chaque respiration, une odeur d’oranger s’infiltrait dans nos poumons. On a visité le vieux marché arabe, refait le monde autour d’un verre de Tinto de Verano et fini la soirée au bar d’en face de l’hôtel parce qu’il portait mon nom. L’Alhambra, cet air de flamenco qui flotte dans les rues, la cuisine Andalouse, c’était parfait.
Le 18 août, c’était déjà l’heure du départ. On s’est promis de se revoir, tous, bientôt. Le 20 août, à 8 heures, je regardais les appartements à Valencia avec vue sur la mer.










