
Je ne sais pas très bien comment raconter ces vingt-quatre heures-là. Ce sont les plus incroyables que j’ai pu vivre lors d’un voyage, voilà. Depuis que je suis rentrée d’Australie, j’y ai pensé souvent. J’ai regardé les photographies. J’ai fait une petite vidéo. J’ai dessiné. J’ai repoussé le moment de l’écrire. Je sais écrire le quotidien, l’insignifiant, les petits riens. Je sais raconter des histoires. Je sais me raconter des histoires.
Quand il s’agit d’écrire le réel, de coller au réel, d’écrire ce qui marque, ce qui fait battre le coeur tout d’un coup un peu plus fort. D’écrire, je veux dire, ce que je ressens, à l’intérieur, là précisément maintenant tout de suite. Quand je voudrais retranscrire la beauté de ce moment-là : tout s’embrouille s’emmêle se mélange. Mes mots prennent la poudre d’escampette. Je reste muette. Je crois que, finalement, je ne sais pas dire-écrire-exprimer l’instantané.
Je voudrais choisir les mots les plus justes, les tournures qui collent à la réalité, les phrases qui diraient ce qui se passent à l’intérieur, ce que l’on ressent quand on est face à ce paysage à couper le souffle. Quand on prend ce premier vol long courrier seule pour le bout du monde ; quand on envoie ce SMS, en tremblant un peu et en retenant sa respiration, pour dire rien pour dire je pense à toi je ne t’oublie pas tu sais. Quand on apprend qu’on a notre diplôme avec cette mention tant espérée-rêvée-imaginée après des années d’études et que l’on est un peu fier de soi quand même, un peu fier pour papapamaman aussi. Quand on rentre avec ce tout petit petit chien et qu’on se dit qu’on est responsable pour deux maintenant – et beaucoup trop heureux aussi. Quand on voit notre nom sur ce journal qui dit que oui, que l’on a notre petite entreprise à nous, qu’on dirait qu’on est un peu grand, un peu petit encore pour mille choses aussi. Quand ce garçon glisse pour la première fois sa main dans la notre et que notre ventre se tord et que notre coeur bat tout à coup bien trop fort et que l’on ferme les yeux et que l’on sourit à l’intérieur un peu trop, beaucoup trop, tu vois ?
Je voudrais bien savoir écrire ces émotions-là. Je voudrais bien savoir écrire ce qui se passe à l’intérieur, ce qui fait que cela se tord, que l’on est vivant, que l’on ressent, que l’on grandit tout à coup. Brutalement. Mais, je crois que vraiment, je ne sais pas. Alors, je brode. Je raconte des histoires. Je fais des blagues. Je tourne autour. Je raconte la couleur du ciel, la hauteur des arbres et la vue incroyable. Dis, tu as vu comme c’est beau ? J’écris les détails. Et puis, j’ai peur. De ne pas être à la hauteur, d’être à coté, de mal m’exprimer et, finalement, d’oublier l’essentiel.
Alors, et souvent, je ne dis rien. Je souris et je garde un peu tout ça moi.


Il y a les voyages que l’on attend depuis des mois, parfois des années. Des voyages que l’on pourrait dessiner les yeux fermés. Avant de prendre l’avion, ils contiennent déjà leur part de rêves, d’images et d’émotions. Je n’attendais pas grand chose de l’Australie. J’imaginais le bout du monde. Voilà, j’imaginais le bout du monde et je souriais. J’imaginais le bout du monde sans savoir vraiment à quoi il ressemblait. On m’a dit répété murmuré sa beauté et sa grandeur. Je crois, que je savais déjà avant de partir, que j’y trouverai un peu plus que tout ça.
Cela fait deux mois que je suis revenue d’Australie, deux mois que j’en parle avec le sourire sur les lèvres à toutes les personnes que je croise. Que j’énumère les détails insignifiants. Que je raconte la légèreté ressentie là-bas. Que je répète que c’était beau. Que c’était incroyablement beau. Que l’Australie m’a bousculée, marquée, comme aucun voyage ne l’avait fait auparavant.
Que, aussi, je voudrais y retourner. Un peu plus longtemps, un peu plus en prenant le temps cette fois. Deux mois que je me dis que je poserai bien mes bagages là-bas, et que je crois, que j’y serai heureuse. Que j’ai ressenti, pour la toute première fois, une douceur de vivre et une dynamique incroyable. Que la nature est folle, que.


Alors, quand on a pris le ferry ce matin-là, je guettais l’horizon sans savoir bien ce qui se trouverait de l’autre coté de la rive. J’avais, bien sûr, quelques images et mots en tête. Great Ocean Road, forêt tropicale, ecolodge, hélicoptère, douze apôtres. Les koalas et kangourous aussi que je n’avais pas encore croisé depuis le début du voyage. Des images floues, quelques couleurs et c’est tout. J’imaginais la cote d’ouest de l’Australie comme une enfant. Je l’imaginais naturelle, grande, vivifiante.
A l’arrivée, j’ai rencontré la pétillante Anna, ma guide jusqu’à la fin de la voyage. Anna est australienne. Elle revenait tout juste à Melbourne après avoir passé quelques années au Royaume-Uni. Elle travaille pour l’office du tourisme. Et quand vous l’écoutez vous raconter l’Australie, vous comprenez que ce métier est fait pour elle. Ensemble, on a pris la route pour la Great Ocean Road. Malgré la fatigue et les heures de route, j’ai gardé les yeux grands ouverts. Le paysage était hypnotisant. Voilà c’est le mot. Hypnotisant.
A partir de ce moment-là, tout s’est enchainé. Il y avait le montagne, le ciel bleu et la nature tout autour. On a roulé roulé roulé. Pendant qu’Anna me racontait l’Australie, je lui racontais la France. Peu à peu, j’ai oublié mon anglais bancal et la discussion est devenue plus fluide. On s’est arrêtées sur la bord de la route à chaque fois que l’on pouvait. On a pris des photographies. Et puis, on a oublié de prendre des photographies. C’était beau. On dit, on a répété. C’est beau. Et puis, on a arrêté de parler. On a oublié les mots. On a regardé, observé, vu. On a repris la route. On a rallongé le trajet pour continuer à longer l’océan encore un peu plus longtemps. On a oublié le temps.






En début d’après-midi, on est arrivées au parc national de Great Otway. Doucement, la végétation est devenue plus imposante. Plus verte, plus dense. On s’est garées et on a continué la visite à pieds. Je me souviens de la hauteur folle des arbres. On aurait dit une tapisserie végétale. Quand on a quitté la forêt tropicale, les nuages laissaient enfin la place à un ciel bleu. Alors et avant de découvrir l’écolodge, on en a profité pour rejoindre une dernière fois l’océan.
Et puis, cette première rencontre avec les kangourous et les koalas en pleine nature. Chercher les koalas cachés dans les arbres. S’étonner, montrer du doigt et fondre. Le bébé koala qui colle-serre-enlace fort fort fort sa maman. La terrasse de la chambre avec vue sur les kangourous, le silence qui secoue et qui apaise, le temps qui semble tout à coup suspendu. La découverte du parc naturel au coucher du soleil et puis ce diner partagé avec les hôtes du monde entier le soir autour de la grande table en bois.
Au réveil et du lit, apercevoir quelques kangourous au loin et sourire. Rejoindre Anna et prendre la route jusqu’aux douze apôtres. S’émerveiller à l’idée de découvrir le paysage en hélicoptère. Mon impatience d’enfant, le rire d’Anna et le ventre qui se serre un peu quand je nous vois nous élever, tout à coup, au dessus des nuages. Le panorama incroyable vu du ciel avant de le découvrir ; quelques minutes plus tard, au sol. Sentir son cœur battre un peu plus fort. Serrer sa chance encore, encore et encore.
Reprendre la route pour aller déjeuner dans ce petit village de surfeur. Les yeux grands ouverts. L’accumulation d’émotions, d’images, de couleurs.
Et puis, cette beauté qui frappe et vous bouscule tout entière, vous voyez ?





Les images sont en vrac. Je crois qu’elles sont un peu à l’image de ce qui reste deux mois après. Des paysages à couper le souffle. Une nature dingue, des animaux bien trop mignons et des lieux qui donnent envie de poser ses bagages pour quelques mois. Des émotions qui font boum-boum et une atmosphère apaisante.
Pour les informations pratiques, les photographies ont été prises sur la Great Ocean Road, à la Otway forest et à Port Fairy. L’écolodge un peu trop parfait est le Great Ocean Ecolodge.
































