
J’ai une petite peur, un bidule de rien du tout qui me fait perdre mes moyens, qui me monte les larmes aux yeux quand on me force, quand je n’ose pas dire « non, non, non ». Quand je n’ai pas le courage de secouer la tête et partir un peu plus loin. Parce que je ne connais pas assez la personne, parce que cela ne se fait pas, parce qu’il parait que je n’ai plus trois ans, parce que dire « non » un peu trop fort , c’est déjà se faire remarquer. Et que par dessus tout, j’ai beaucoup de mal à m’exprimer sur ce rapport délicat au corps. Un rapport finalement banal, un rapport de fille qui aime un peu trop la perfection.
Bien sûr, j’ai des astuces de pacotilles. Pour les photographies de groupes, j’insiste toujours pour les prendre. Oh et puis, je suis minuscule. Un petit pas en avant, un petit pas sur le coté, et hop, on ne me voit plus. Disparue.
On a si peu de photographies de nous deux. Si je contrôle, si je trie, si je peux cliquer sur « supprimer » ni vue ni connue, c’est déjà une respiration. Malgré tout, les photographies sont rares. Et, je sais déjà qu’un jour je le regretterai. Je sais que je voudrais des photos, de nous jeunes, de nous un peu fous, de nous qui éclatons qui rire, de nous qui nous aimons un peu trop. De nous un peu imparfaits, sûrement maladroits, mais tellement heureux.
Au début de l’année, j’ai rassemblé mon courage et j’ai réservé une séance photo de couple. Une séance avec une professionnelle drôlement douée, une séance qui me permettrait de m’apaiser un peu, une personne en qui j’aurais confiance et avec qui je desserrerai les poings. Une personne qui saura, sous son regard bienveillant, nous rendre beaux.
La séance photo aura lieu demain et il y aura un immense soleil. J’ai des petits cailloux dans le ventre. Mais, je sais que cela va bien se passer et qu’on en conservera un joli souvenir. Cap ? Oui, oui, oui.
Et vous, dites-moi, quel est votre rapport aux photographies ?





