Prendre le large

voilier


Je me souviens de ce bateau, des petits pas attentionnés pour monter dessus et de ce sentiment de liberté qui m’envahissait alors. Je me souviens de bruit du moteur lorsque le port s’éloignait doucement de notre vue. De la boussole et de la carte. De mon admiration quand on dépliait tout à coup les voiles, de ma fierté quand je pouvais aider un tout petit peu. A ma hauteur. Tout ça, cela me semblait fabuleux.

J’étais minuscule et j’en conserve encore des souvenirs très clairs. Des souvenirs heureux et d’une incroyable intensité. Je me rappelle des encouragements pour que je les rejoigne dans l’eau. Je me souviens de ce bleu qui nous submergeait alors. De l’eau, qui me paraissait tout à coup, glacée. Je me souviens de ma petite peur, de ma bouée au cas où jamais bien loin, mais dont je me faisais un point d’honneur à ne pas utiliser. Parce qu’à huit ans, je portais déjà cette fierté de dire que je n’étais pas frileuse et que non, non,  je n’avais pas peur. Je souriais, je savourais. Parfois, je serrais les poings.

Cela fait des années que le voilier est au fond du jardin de mes parents. Des années qu’il n’a pas vu l’eau. Des années qu’on se promet de le remettre à la mer avec E., d’apprendre à naviguer, de mettre les voiles. Qu’importe la destination tant qu’on étreint à nouveau ces souvenirs d’enfance, de liberté.

Alors, ce week-end, je commence par un stage de voile. Je sais déjà que cela va être formidable et que cela sera le début d’une nouvelle histoire.

Je vous souhaite, à tous, un doux week-end.


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Souviens-toi que la vie est belle

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La semaine dernière, j’ai appris une de ces nouvelles qui vous bouscule. Qui remet en question vos certitudes et votre quotidien. Quelques mots, et mon petit monde intérieur s’est écroulé. C’était 18 heures, et tout à coup,  il faisait nuit. Pourtant, il y avait des parenthèses, de l’attente pour confirmer et des coins moelleux dans le discours. En quelques secondes, mes sourires s’étaient envolées.

Durant trois jours, c’était un boucan d’enfer mêlé à l’attente des résultats. Trois jours et une migraine. La tempête à l’intérieur, les cailloux dans le ventre. Je me sentais minuscule. Impuissante. Je crois que j’étais tétanisée par le peur, peur pour cette personne que j’aime plus que tout, peur pour de perdre mes repères. J’en ai tremblé, j’ai fait trop de recherches foireuses sur Google, je me suis imaginée mille histoires. Durant trois jours, j’ai arreté de respirer. J’étais redevenue une petite fille qui avait peur du noir et qui n’avait que son doudou pour se rassurer.

Et puis, le verdit est tombé. On était vendredi. Le mot tumeur et cancer se sont vaporisés. D’un seul coup, il n’y avait plus rien. J’ai repris ma respiration. Un sourire est apparu sur mes lèvres. Il ne m’a plus quitté de la journée. Parfois, j’ai l’impression que la vie nous fait mine de rien des piqures de rappels. Parfois, elle nous susurre des « Oh, regarde comme la vie est belle« , « Tu es chanceux, ne l’oublie pas« , « Savoure, la vie est si fragile et plus forte que tout« . Elle nous rappelle, à sa façon, de ne passer à coté de sa beauté. D’arrêter de courir, de travailler trop, d’être en apnée. D’arrêter d’avoir peur pour des broutilles et de passer à coté de l’essentiel. Elle nous rappelle de lever les yeux. De respirer. De ne pas oublier de savourer, chaque jour, sa poésie.

Cela faisait une éternité que je n’avais pas souri comme ce vendredi-là, que je n’avais pas trouvé la vie si douce si belle si intense. Souviens-toi que la vie est belle.


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La peur d’être photographiée

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J’ai une petite peur, un bidule de rien du tout qui me fait perdre mes moyens, qui me monte les larmes aux yeux quand on me force, quand je n’ose pas dire « non, non, non ». Quand je n’ai pas le courage de secouer la tête et partir un peu plus loin. Parce que je ne connais pas assez la personne, parce que cela ne se fait pas, parce qu’il parait que je n’ai plus trois ans, parce que dire « non » un peu trop fort , c’est déjà se faire remarquer. Et que par dessus tout, j’ai beaucoup de mal à m’exprimer sur ce rapport délicat au corps. Un rapport finalement banal, un rapport de fille qui aime un peu trop la perfection.

Bien sûr, j’ai des astuces de pacotilles. Pour les photographies de groupes, j’insiste toujours pour les prendre. Oh et puis, je suis minuscule. Un petit pas en avant, un petit pas sur le coté, et hop, on ne me voit plus. Disparue.

On a si peu de photographies de nous deux. Si je contrôle, si je trie, si je peux cliquer sur « supprimer » ni vue ni connue, c’est déjà une respiration. Malgré tout, les photographies sont rares. Et, je sais déjà qu’un jour je le regretterai. Je sais que je voudrais des photos, de nous jeunes, de nous un peu fous, de nous qui éclatons qui rire, de nous qui nous aimons un peu trop.  De nous un peu imparfaits, sûrement maladroits, mais tellement heureux.

Au début de l’année, j’ai rassemblé mon courage et j’ai réservé une séance photo de couple. Une séance avec une professionnelle drôlement douée, une séance qui me permettrait de m’apaiser un peu, une personne en qui j’aurais confiance et avec qui je desserrerai les poings. Une personne qui saura, sous son regard bienveillant, nous rendre beaux.

La séance photo aura lieu demain et il y aura un immense soleil. J’ai des petits cailloux dans le ventre. Mais, je sais que cela va bien se passer et qu’on en conservera un joli souvenir. Cap ? Oui, oui, oui.

Et vous, dites-moi, quel est votre rapport aux photographies ? 


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