
Les nuits brèves
S’il y a mille raisons de détester se lever tôt, il en existe au moins une pour apprécier les nuits raccourcies : le plaisir de se lever avant, avant que la vie reprenne. C’est toujours un plaisir étrange de marcher au milieu d’un silence sourd. De profiter du calme, de l’obscurité de la nuit et de ses rues désertes avant de rejoindre un espace en éveil.
Dans ces moments-là, j’ai l’impression d’être une petite souris. J’ouvre grand les yeux et je profite de la ville qui s’ouvre, qui me montre un nouveau visage. Chaque bruit se ressent, se vit. Ce sont des instants ouatés, moelleux presque, un entre-deux. Je me sens chanceuse.
Lorsque j’atteins la gare, il fait encore nuit. On est alors des dizaines à attendre sur le quai. On est lumineux malgré les traits des rêves encore présents sur nos visages. On s’éclaire. Dans le wagon, le jour se lèvera peu à peu. Doucement. Tendrement. Cela sera alors un joli tableau, un mélange de jaune, de rose et de violet. Peu à peu, le bleu nuit majestueux laissera place à un bleu pastel. Le souvenir du drap s’effacera.
Depuis l’enfance, je prends un plaisir fou à observer cette période transitoire, cet avant. J’ai la sensation d’assister à la préparation d’un spectacle, d’appartenir quelques instants à la famille des lève-tôt. Les rideaux se lèveront dès la fin du voyage. Lorsque les portes du train s’ouvriront, le spectacle pourra enfin commencer et les petites souris se disperseront alors dans la ville.








