
Déjà cinq mois que j’ai pris l’envol : cinq mois que je travaille pour mes clients, pour moi, pour nous. Pour faire quelque chose de bien, et de joyeux, ensemble. Ou tout au moins mettre tout en oeuvre pour.
Depuis octobre, je chouchoute chaque jour deux communautés adorables. J’ai dessiné deux faire-part de mariages, trois de naissance, réalisé un site vitrine, deux e-boutiques, trois blogs. J’ai organisé des concours, fabriqué des newsletters, mis en place des calendriers éditoriaux et des campagnes publicitaires. J’ai envoyé des mails, lancé des projets un peu fous, partagé des idées qui font pétiller mes yeux. Un joli conte est né, un partenariat avec Yse, et quelques voyages en pointillés. Je me suis confectionnée un travail sur mesure. A l’écrire, j’ai le sourire aux lèvres.
Depuis octobre, j’ai aussi appris à faire des factures, des contrats, des devis, ce qu’est le RSI, l’URSAFF et autres noms barbares. J’ai appris à dire « bonjour, je suis à mon compte et je fabrique des jolies choses » sans trembler. Sans que ce sentiment d’imposture me submerge. J’ai appris à ne plus compter mes heures, à travailler le samedi, le dimanche, et le soir souvent beaucoup trop tard. Je sautille toujours à l’annonce d’un projet qui fera ses premiers pas à mes cotés. Et lorsqu’il prend enfin son envol, c’est toujours une fête à l’intérieur.
En travaillant de chez moi, j’ai eu peur de m’enfermer dans un petit coin de bureau et de me couper de l’extérieur. En réalité, j’ai rencontré des personnes passionnées et passionnantes. Bienveillantes envers moi. J’ai échangé beaucoup, ri un peu, pleuré rarement. Depuis octobre, je suis plus ouverte, plus réceptive. Me mettre à mon compte m’a donné des ailes.
A la lecture de certains mails, j’ai eu la peur au ventre. J’ai douté de mes compétences et parfois du futur de la collaboration. Je me suis sentie sur un fil. En équilibre. Il suffirait d’un petit « non » pour que le contrat bascule. Et, j’en ai pris pleinement conscience. Alors, j’ai tout fait pour que cela n’arrive pas. Jusqu’à aujourd’hui, tout va bien. Je croise les doigts. Je me suis remise en question. Je me suis impliquée. J’ai serré tous les conseils que l’on a pu m’offrir. J’ai dit mille fois qu’il fallait que je m’organise mieux. J’ai gagné en confiance, appris à mieux communiquer, à gagner un peu de temps. J’ai pris (un peu) de recul, j’ai avancé.
J’ai toujours autant de mal à m’éloigner quelques heures de mon ordinateur, de mon iPhone. Je tremble toujours quand mon téléphone sonne après 21 heures. J’ai toujours du mal à dire « non », à ne pas répondre à une sollicitation tardive. Je me suis oubliée un peu, je ne sais plus ce que signifie ne rien faire ou garder du temps pour soi. J’ai oublié l’idée d’aller au cinéma en plein milieu d’après-midi, de m’offrir une petite heure par jour pour venir déposer quelques mots ou images ici. Je regrette souvent de ne pas avoir le temps de répondre aussi vite à mes mails, aux commentaires, aux petits mots. Le temps est parti. Il reviendra.
Parce qu’au départ, l’idée était aussi que je gérerai justement mon emploi du temps comme je le voudrai. Etre libre. La réalité m’a éclaboussée. Les petits cases se remplissent toutes seules les unes après les autres et finissent toujours par déborder. Alors, j’apprivoise ce joyeux coktail entre vie privée et vie pro. Je mesure la chance que j’ai chaque jour. Pour le reste, je laisse du temps au temps pour que tout se mette en place. Je jongle et parfois je m’écorche. Mais, j’apprends, je respire. Je grandis et surtout je fais de mon mieux. Avec le sourire, toujours.
Je n’ai toujours pas de cartes de visites, je ne sais toujours pas donner un nom à mon métier, je continue de dessiner des soleils dans mes carnets et de dire « mignon » beaucoup trop de fois. Je crois que tout va bien.
Depuis octobre, j’ai grandi. Un peu. Et, c’est déjà beaucoup. Finalement, cela ne fait que cinq minuscules mois.
On se retrouve dans quelques temps pour faire un second bilan ?



