Allez, on dit qu’on reste. Le matin, on regardera les couleurs du ciel du lit. On étirera nos rêves par la fenêtre. On étalera de l’avocat et de la bonne humeur sur nos tartines.
Vers onze heures, on ira flâner dans les rues de Valparaiso et on s’étonnera, encore, des couleurs. Du ciel, des immeubles. On imaginera la vie à l’intérieur des maisons jaunes rouges roses bleues. On se demandera si vivre dans la petite maison bleue doit rendre forcement un peu fleur bleue. On en rira et on marchera jusqu’au marché de poissons. Cela sera un peu loin mais on savourera le soleil sur notre peau. Sur le chemin, on sirotera un jus de fruit frais. Il fera beau, oui, forcement, il fait toujours beau au bout du monde, non ?
On passera devant cette université qui a des allures de château d’Harry Potter et on se surprendra à vouloir redevenir étudiants. Au marché, on dévorera un ceviche de poisson avec un verre de vin blanc en s’étonnant de la proximité les lions de mer. On se laissera bercer par les mots en espagnol. On ne comprendra pas tout et cela ne sera pas le plus importants. On en saisira à la volée et on en tricotera des phrases.
Avant de repartir, on ira sur la plage. Le sable sera brulant. En quelques secondes, je serai en maillot. Je voudrais me baigner et je te dirais de venir avec moi. J’oublierais que l’eau est glacée et que l’Antarctique est à quelques milliers de kilomètres. Je sursauterais et tu en riras.
Quand on rentrera, on fera le tour des galeries d’art. On s’émerveillera des œuvres sur les murs et de la place centrale de l’art ici. On travaillera, on travaillera avec cette vue-là à couper le souffle sans savoir si c’est nous qui veillons sur l’océan ou si c’est lui qui veille sur nous. Un peu avant le coucher du soleil, on ira prendra un verre. Alors, forcement encore, on s’émerveillera des couleurs du ciel. Forcement, on se dira qu’on est drôlement bien ici.
Et à chaque fois que je tourne la tête – souvent, très souvent -, je me répète que cette vue est incroyable. Cela fait cinq jours que j’ai posé mes bagages ici, et cinq jours que je souris en regardant à la fenêtre. Au bout de combien de temps se lasse-t-on des couleurs de Valparaiso ? Se lasse-t-on un jour d’ailleurs de ces couleurs-là ?
Cette semaine, et peut-être plus qu’une autre, je me rends encore compte de ma chance de pouvoir travailler à travers le monde, de gérer mes horaires et mon travail comme je le souhaite. De pouvoir faire d’une chambre d’hôtel, d’un café ou d’une bibliothèque ; des bureaux éphémères pour quelques heures ou journées. De la chance aussi d’avoir des clients confiants qui m’encouragent et me répètent, sourire aux lèvres, de profiter quand je leur annonce une prochaine destination.
Je sais que c’est ça, vraiment, qui me rend heureuse.
Je sais bien aussi que l’équilibre entre travailler et voyager est complexe et délicat à trouver et, surtout, à conserver. C’est, j’imagine, ce qui le rend autant précieux. C’est d’ailleurs une question que l’on me pose souvent lorsque j’évoque cette nécessité de voyager. Je réponds alors, toujours, que je travaille mieux en voyages. Vraiment. Ce n’est pas une tournure. Je suis plus créative, plus inspirée et éveillée. Je suis aussi plus efficace et organisée. Je sais que mon temps est compté, et combien, il est précieux.
Alors, je m’éparpille moins. Je suis heureuse et enthousiaste. Je fais des listes. J’agis par priorité. J’essaie de consacrer mes matinées à mes clients. Mais là, encore, vous savez, travailler dans un café au bout du monde à quelque chose de magique et doux. On ne travaille pas vraiment de la même façon de chez soi qu’au Chili au bord de la mer ou, encore, dans un riad à Marrakech. Je profite des après-midis découvrir la ville. Parfois, j’alterne. J’essaie d’écouter mon rythme et mes envies. Je suis à l’écoute de mon intuition et de mon corps. Je suis en éveil et je me fais confiance. C’est l’essentiel. Je marche plus, je m’étonne, je regarde, j’oublie mon ordinateur, et, forcement, je dors et travaille ensuite mieux. Je sors ma zone de confort.
Le décalage horaire – et géographique – me permettent aussi de prendre du recul. C’est doux et léger. Je suis sereine et apaisée. A Toulouse, j’ai parfois tendance à perdre l’équilibre et à me laisser, parfois encore, aspirer par les urgences. C’est rarement le cas en voyages. Et si cela arrive, le décompte des jours qui passent et qui me rapprochent du retour me rappelle cette nécessité de savourer chaque jour.
Voyager me rappelle finalement l’importance de vivre. Tout de suite. Maintenant.
Hier, on a mis en ligne la refonte graphique du blog de Chloé et j’ai l’impression d’avoir un petit poids en moins au creux du ventre depuis.
Quand l’on porte un projet depuis mois, on s’y attache. Avec les semaines, il devient de plus en plus imposant. Souvent, mes clients comparent la création d’un site, et plus largement d’une identité graphique, à la naissance d’un enfant. Cela me fait toujours sourire, parce que je dis souvent de mon coté que mes projets sont comme mes bébés et j’ai toujours un peu de mal à m’en détacher une fois qu’ils sont terminés.
Je me dis que le blog de Chloé est un peu né au Chili et l’idée me donne des frissons. Pour l’anecdote, Chloé a fait le même master Web Editorial que moi à Poitiers et c’était doux de se replonger, d’une certaine façon, dans ces années-là. On y a glissé beaucoup de nous, d’amour – et de nos heures de sommeil – et j’espère qu’il vous plaira.
Depuis, je me sens un peu comme le premier jour des grandes vacances – avec, cette fois, des nouveaux jolis projets qui commencent.
Aujourd’hui, j’ai marché dans le rue des Valparaiso. Je suis montée, je suis descendue. Je suis montée, encore. J’ai pris le temps. Je suis allée au marché de poissons sur le front de mer et j’ai observé les lions de mer. J’ai respiré. Un peu plus tard, j’ai déjeuné un ceviche de salmon en pensant que je pourrais vivre de ceviche et de soleil.
J’ai pris le funiculaire. J’ai siroté un jus de mangue dans un café qui porte le nom de Pierre Loti en répondant à mes mails. J’ai oublié la carte et j’ai marché sur le territoire. Je me suis perdue. Je me suis retrouvée. Je suis rentrée dans des boutiques de créateurs artisanaux, et dix fois, j’ai voulu tout acheter. J’ai pris des photographies. Je me suis fait confiance.
Quand je suis rentrée à l’hôtel, j’avais un mail de Béatrice, une chilienne vivant à Santiago. A l’intérieur, elle m’écrivait apprécier mon travail et souhaiter que je m’occupe de l’identité visuelle de son entreprise. Quand je lui ai répondu que j’étais justement au Chili et que je serai à Santiago à la fin de la semaine ; elle m’a répondu que c’était maravilloso. Et moi, j’avais déjà des poignées d’étoiles dans les yeux à cette idée-là. Je tisse des liens entre le Chili et la France.
Alors, forcement, encore, je souris. Oui, je souris beaucoup au Chili.
Cela fait une semaine que je suis arrivée au Chili. Une semaine que je mange beaucoup trop d’empanadas et d’avocats à chaque repas, que je compte avec mes doigts pour savoir l’heure en France et que je parle en espagnol en me rappelant, chaque fois, comme cette langue me manque. Une semaine que j’ouvre les yeux, que je m’enthousiasme, que je répète « oh, comme c’est beau !« . Une semaine à sentir mon cœur battre un peu plus fort.
J’avais prévu d’écrire et de partager un peu plus le Chili, au quotidien, avec vous. J’avais prévu tout ça, et puis, finalement, j’ai déconnecté. J’ai ouvert les yeux. J’ai marché. Beaucoup. Je me suis perdue dans les rues de Santiago. J’ai bu des cafés. Je suis allée au marché. Je me suis enthousiasmée. J’ai rencontré des personnes des quatre coins du monde. J’ai marché au soleil au bord de la mer. Sur un lac glacé à la frontière de l’Argentine .
J’ai monté les mille et un escaliers de Valparaiso. Je suis tombée amoureuse de son architecture et de ses maisons colorées. J’ai vu des lacs infinis et des forêts enneigées. J’ai dit, j’ai répété, c’est beau. Regarde comme c’est beau. J’ai pris l’avion trois fois. Du hublot, j’ai vu des volcans des villes des montagnes.
Un soir, j’ai pris un cours de Cueca et je me suis sentie un peu chilienne. Un peu à la maison. Je suis allée dans des fondas. J’ai fêté El Dieciocho.
J’ai serré ma chance d’être là ici et maintenant. J’en ai eu des frissons. Et puis, j’ai écrit.
J’ai écrit de Santagio dans un café, à Pucón de la petite terrasse de ma chambre d’hôtel. Au loin, je voyais le volcan respirer. Et, un peu plus tard, ici, face à la mer à Valparaiso.
J’ai écrit dans la voiture dans le bus dans l’avion. J’ai écrit dans un carnet, dans les notes de mon iPhone, sur mon ordinateur. J’ai des mots plein le moleskine et des photographies qui débordent de mon ordinateur. J’ai écrit dans ma tête. J’ai imaginé des phases. Et puis, doucement, j’ai oublié les mots.
J’avais besoin de ce tête à tête égoïste et solitaire avec le Chili. De cette rencontre en tête à paysages. Et puis, doucement, de laisser infuser les émotions les couleurs les matières. De prendre le temps et de savourer. Chaque émotions, chaque couleur, chaque matière. J’ai savouré le silence. J’ai ralenti. J’ai accumulé les kilomètres et j’ai ouvert les yeux.
Plus je grandis, et plus je prends conscience de ma difficulté à être dans l’immédiateté. Je ne sais pas être dans l’urgence. Je ne participe pas à la course sans fin qu’offre les réseaux sociaux non plus. Et ce besoin d’être là, de devoir répondre, toujours, tout le temps-là, m’angoisse beaucoup. J’ai besoin de temps et de silence. De laisser parfois, aussi, mon iPhone au fond de mon sac. Je ne sais pas utiliser Snapchat. Enfin, je veux dire que je ne sais pas partager, du contenu, en continu justement. Je ne sais pas ni écrire ni – bien – travailler dans l’urgence. J’ai besoin de temps, de réflexion et de respiration.
Alors, je coupe les notifications. Je m’éloigne. J’écris sur un carnet. J’observe. Je m’étonne.
Et, je ralentis. Je ralentis.
Pour créer, pour imaginer, pour raconter et faire vivre des histoires dans ma tête, j’ai besoin de lenteur. De déconnecter pour partager, pour pouvoir partager. Pour, justement, me reconnecter. De mettre la distance pour avoir envie de revenir, pour avoir envie de poser des mots dessus. Fuis-moi, je te suis. Je ne sais ni courir ni être dans cette représentation quotidienne que cela soit dans mon travail ou dans mes projets personnels.
J’ai fini par comprendre que ce n’était pas un caprice et que cela faisait partie de moi, que c’était mon rythme interne. Je me rappelle une discussion avec Ange, autour d’un chocolat chaud, où l’on parlait de verticalité, et de l’importance d’être en accord dans notre quotidien avec nos valeurs profondes, avec ce qui nous meut.
Je me souviens de cette discussion à une époque où je cherchais encore mon équilibre, où je tâtonnais et m’écorchais souvent à vouloir trop bien faire, à vouloir parfois aussi faire plaisir en oubliant d’écouter mon propre rythme et mes ressentis. Je me disais que je pouvais faire un effort, que ce n’était pas si important – bien sûr que cela l’était. Et où pourtant je savais déjà – et ressentais – cette nécessité de mettre de l’ordre dans mon quotidien et cette urgence de m’aligner. D’arrêter de me disperser. Je me souviens de cette conversation et je regarde le chemin parcouru. Petit à petit, l’oiseau fait son nid.
Et, je sais que je ne pourrais pas être mieux, ici et là, maintenant, à découvrir le Chili.
Depuis cette conversation, j’ai appris à aller à mon rythme et à ne plus me forcer. C’est aussi le fil conducteur, ce qui guide mes pas et mes projets. Que cela soit lors mes rencontres ou mes voyages, je sais aujourd’hui combien cette continuité est nécessaire à mon équilibre. Combien elle me rassure et me berce. J’ai appris à accepter mes propres contraintes et à me les imposer. Et parfois aussi à les imposer. Pour moi, pour mon équilibre.
J’ai appris à dire non, à apprivoiser mes émotions et à les partager. Si j’ai longtemps eu peur de paraitre égoïste ou capricieuse, j’ai compris au fil des mois que les échanges devenaient beaucoup plus simples et intenses avec cette transparence et sincérité-là.
J’ai appris à me connaitre et, je crois, que c’est finalement la clef. C’est le plus beau des voyages intérieurs. J’ai ouvert les fenêtres. J’ai levé les yeux. Je me suis regardée, apprivoisée, accepté. J’ai appris à m’aimer. A écouter ma boussole interne et à suivre mon intuition. A ne plus la torde comme j’ai pu la faire pendant des années.
Depuis, je prends le temps et je me fais confiance. Je ferme les yeux et je respire. J’ai moins peur. De moi, des autres. Et quand j’ai peur malgré tout, j’accepte cette émotion-la. Je la laisse passer en moi. Je ralentis. Je regarde l’horizon. Je fais le tour du monde. Je suis seule. Je suis au Chili. J’écris, je dessine, je partage. Et par dessus, je prends le temps. J’écoute ma petite voix à l’intérieur qui me dit de ralentir de m’écouter de vivre.
J’aime. Créer. Réserver un vol pour un pays, encore, inconnu. Écrire. Imaginer. Photographier. Observer le jour qui se lève et sa lumière bleutée.
L’instant où l’avion décolle. Et puis, la vue par le hublot. La mélodie d’un piano, la beauté d’une rencontre, la douceur d’une pluie d’été. Le bruit de pas sur le parquet. Le silence. La justesse d’un roman.
Je crois en la beauté de la vie. Je crois en l’amour. Je crois en la douceur. Je crois en l'humain. Je crois que les rêves sont faits pour être réalisés.