Juliette de Pierre Godeau

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Hier soir, j’ai vu Juliette, le premier film de Pierre Godeau. Je me souviens avoir vu la bande annonce fin mai et d’avoir alors eu hâte que le film sorte en salle. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je ne suis finalement jamais allée le voir. Alors, quand j’ai vu Juliette sur l’Apple TV hier soir, je l’ai loué.

J’avais déjà trouvé la bande-annonce très jolie et touchante. Le film est une petite douceur à son image. Juliette évoque la transition de l’enfance à l’âge adulte. C’est un film juste, tendre et poétique. J’ai apprécié la façon dont Pierre Godeau a filmé cette jeunesse, cette jeunesse fuyante et fragile et son besoin obsessionnel de liberté. Le film est esthétique, pudique et lumineux. Astrid Bergès-Frisbey y est sublime. Elle représente cette beauté fragile et éphémère de femme-enfant.

J’ai été touchée par Juliette, sûrement et en partie parce que j’ai son âge, parce que comme elle je suis souvent un peu trop sensible et que la vie nous rappelle quelques fois à l’ordre. Parce que c’est difficile de faire des choix, angoissant parfois même, et parce que c’est souvent doux de fermer les yeux et de se laisser le temps de grandir encore un peu. Le temps de quelques folies. Et, peut-être enfin parce que j’aime y retrouver Paris, son architectures et ses toits. C’est beau, tout simplement.

Alors, j’imagine que pour beaucoup, ce film sera peut-être un peu trop édulcoré bourgeois ou sans grande action. Je fais partie de ces personnes qui n’ont pas besoin d’histoires folles pour aimer un film et pour être retournée bousculée touchée. Je m’accroche au style. J’ai besoin d’images de luminosité de sensations. J’absorbe les silences, les regards, les gestes. Je m’ennuie rarement au cinéma et je rêve beaucoup. J’aime les films qui ne disent pas tout, qui font travailler notre imaginaire.
Souvent cette citation* de Flaubert sur son obsession de faire un livre sur rien me revient à l’esprit quand on me rétorque qu’il ne se passe pas grand chose dans un film. Je suis tellement d’accord avec Flaubert. A mes yeux, la forme est tellement plus importante que le fond. Je crois même que les films et les livres, sans grandes actions, sont mes œuvres préférées et je suis persuadée de ne pas être la seule (allez, rassurez-moi !).

Alors, voilà, ce n’est qu’un avis personnel, mais j’ai trouvé ce film drôlement chouette et je vous le conseille.

 

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* « Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière. […] C’est pour cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir comme axiome, en se plaçant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui seul une manière absolue de voir les choses. »

Flaubert à Louise Colet, 16 janvier 1852


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