A partir de lundi prochain, je vais garder deux petites filles six heures par semaine. Elles ont sept et onze ans.
Je dois dire que j’ai un peu peur. C’est un peu bête mais. Je suis fille unique, et cela sera la première fois que je vais me retrouver seule avec deux enfants à ma garde.
Je m’occuperais d’elles trois fois par semaine, chaque fois pendant deux heures. J’irais les chercher à la sortie de l’école. Le temps sera alors divisé en deux. Il y aura une partie où je les aiderais à faire leurs devoirs et une autre où je devrais les « divertir ». La première partie ne me fait pas peur, mais la seconde un peu plus. Bien sur, je vais leur demander ce qu’elles aiment et ce qu’elles souhaiteraient faire avant toute chose. Si vous avez cependant quelques conseils, des idées d’activités ; je suis preneuse.
Ce n’est pas encore huit heures et j’ai pourtant l’impression que cela fait une éternité. Il est parti. Je reste ici. Assise sur le canapé, je reste prostrée. J’ai l’impression d’être une enfant de quatre ans lorsque la tristesse m’emporte. Je voudrais parvenir à quitter ce jeu douloureux sans dégât parce qu’en l’occurrence ; cela ne va plus. Je ne suis pas faite pour ça, tellement que cela me rend presque folle. J’ai l’impression qu’une vie s’est passée entre six heures et ce pas encore huit heures. La douleur s’est cognée à mes veines. Je me sens trahie parce qu’on s’était promis que tout cela serait fini. J’ai hurlé, pleuré, tremblé sans vraiment en comprendre les raisons. Je sais juste enfin je crois que c’est moins pour l’acte lui-même que pour l’idée de l’acte. Il faut que tout cela cesse.
Les mensonges, les indécisions, la distance, le non-dits, les cries, les larmes, la solitude, que tout cela cesse.
Hier, j’ai acheté du papier à lettres, ressorti mes carnets où j’écrivais la souffrance de la distance. J’ai cherché mes jolis timbres et les stylos les plus doux. J’ai tout posé sur la petit table. Depuis vendredi soir, j’ai l’estomac noué. Il y a des cailloux et beaucoup de craintes dans mon regard. C’est un énorme orage qui ne s’arrête pas, une tempête qui emporte tout sur son passage, une musique enivrante de tristesse qui me dilue. Est-il possible d’assassiner la distance ? Je connais, hélas, déjà la réponse.
L’amoureux part demain pour un mois, un mois qui s’étirera surement en des mois dès qu’on aura le dos tourné. La distance me broie. Je ne sais plus où se situe la vie privée lorsqu’on a un tel emploi. Il y-a-il une place pour elle d’ailleurs ? Peut-on appeler cela encore un emploi ? Où se situe la frontière entre un travail et de l’esclavage ? Le mot est fort mais c’est ce que je ressens lorsqu’une personne gère entièrement la vie d’une autre comme bon lui semble.
Je ne vois plus non plus aucune place pour la dignité et le respect de la personne. Le statut de cadre permet à l’employeur d’oublier les 35 heures au profit d’un forfait où les heures et déplacements sont illimités. L’employé devient alors un simple pion à gérer selon ses désirs et intérêts, un petit jouet tout tendre.
C’est la que la partie commence ! L’employeur lance les dés. Le jeu consiste à obtenir le maximum de son pion tout en lui faisant croire qu’il est libre, heureux et chanceux. Son objectif : obtenir de son employé une soumission librement consentie.
Il est vrai que l’on travaille tellement mieux lorsqu’on le fait avec le coeur. Le travail doit devenir une passion. Son métier doit permettre son épanouissement personnel : a-t-il d’ailleurs le temps pour s’épanouir ailleurs ? Non. Le travail devient la seconde première famille. Le matin, on se retrouve pour déjeuner ensemble au restaurant de l’hôtel, le soir entre deux lignes de code on partage un plateau repas. Parfois, on a même droit à un verre de vin: vraiment le métier est super cool. Il serait idiot de se plaindre. Si un se le permettait, il serait d’ailleurs tout de suite montrer du doigt. C’est la dictature du bonheur. Tout se joue dans l’apparence et la manipulation ; que le meilleur gagne ! Happy face.
Je suis désolée, mais j’ai vraiment du mal à comprendre et à accepter tout ça.
J’aime. Créer. Réserver un vol pour un pays, encore, inconnu. Écrire. Imaginer. Photographier. Observer le jour qui se lève et sa lumière bleutée.
L’instant où l’avion décolle. Et puis, la vue par le hublot. La mélodie d’un piano, la beauté d’une rencontre, la douceur d’une pluie d’été. Le bruit de pas sur le parquet. Le silence. La justesse d’un roman.
Je crois en la beauté de la vie. Je crois en l’amour. Je crois en la douceur. Je crois en l'humain. Je crois que les rêves sont faits pour être réalisés.