
« Tu as de la chance de voyager. Tu sais, le plus loin où je suis allé est Barcelone. Profites-en. Profites-en pour deux, profite-en pour moi.« , voilà, quelques mots qui font échos depuis des semaines. Quelques phrases murmurées par une personne rencontrée en début de soirée et juste avant de se dire au revoir. Entre deux anecdotes et fous-rires. Quelques jours avant la Jordanie et un mois avant Londres.
Une dizaine de mots glissés par une personne bienveillante, joyeuse, et un peu plus âgée que moi. Des mots comme si rien n’était. Quatre phases, et la vie qui continue.
« Tu as de la chance de voyager. » Une phrase qui me colle au cœur, qui me fait sursauter et qui m’accompagne depuis. Une phrase qui me rappelle ma chance et me secoue à chaque fois que je me plains. Quand j’ose dire que je voudrais découvrir tant de pays et que je n’ai encore rien vu. Quand je répète que le temps presse et que monde n’attend pas. Quand je voudrais aller plus loin plus longtemps plus souvent.
Une phrase pour me rappeler mon silence, tout à coup, et les larmes qui me sont montées aux yeux sans prévenir cette nuit-là. Pour me souvenir de la gorge nouée et de mes mots restaient coincés alors entre nous deux. J’ai souri et je me suis enfuie. J’étais bouleversée. Bouleversée par un sentiment d’impuissance et de tristesse, bouleversée par ma chance.
Cette phrase me secoue, à nouveau, toute entière. Elle picore mes émotions. Parce que la vie est injuste et parce que j’aimerais tellement pouvoir l’amener avec moi et lui dire comme s’est merveilleux, lui dire d’ouvrir les yeux, lui dire que maintenant on est partis pour faire le tour du monde et que l’on ne va plus s’arrêter. Lui crier regarde, regarde comme c’est beau, regarde c’est ta vie à toi aussi maintenant.
Je m’en mordille tellement les lèvres d’avoir pu raconter mes projets comme si tout était normal ce soir-là et de ne pas avoir su trouver les mots justes. Comme si, il n’y avait rien ajouter, comme si c’était une fatalité. Comme si il y avait ceux qui partent à la découverte du monde, et les autres. Alors que non, non, non. Quatre fois non. Il y a des choix, des opportunités et des envies à saisir. Il y a des petits sacrifices et de la détermination aussi sur le chemin. Il y a la vie et les rêves que l’on se fabrique. Il y a ce que l’on met entre parenthèses, ce qu’on réalise, et ce que programme pour dans quelques vies.
Allez, on a la vie devant nous. Dis, tu viendras avec moi la prochaine fois ?





