

Cela fait partie des choses que je n’avais pas imaginées avec la maternité : avoir la plus belle, la plus merveilleuse des choses à photographier et écrire, et vouloir la protéger de tout. Tout en rêvant de montrer à la terre entière à quel point ce petit être est exceptionnel – évidemment.
Avoir envie de nous raconter et, dans le même temps, vouloir protéger son intimité. L’ambivalence des mères.
Je ne sais plus très bien quoi écrire. Ni comment l’écrire. J’ai peur d’être indélicate. J’ai peur qu’un jour mon fils me reproche d’avoir raconté quelque chose qui lui appartenait. Qu’il me dise ne pas avoir demandé à être exposé. Il aura raison évidement.
Alors je joue à l’équilibriste. Et souvent, je ne joue rien du tout. Je me questionne. Je bâillonne mes mots en voulant le préserver. Il est si précieux et fragile.
Avant, c’était plus simple. Avant, j’écrivais et photographiais la vie et les jours. J’écrivais l’intime, les émotions, le sensible. Les anecdotes du quotidien et les grands bouleversements. La focale était sur moi, les autres apparaissaient flous. Je gommais les détails.
J’expose des bribes de vie sur internet depuis plus de vingt ans. Je n’ai jamais regretté un texte ou une image. Depuis mon adolescence, j’ai toujours essayé de préserver ma vie privée, et je crois l’avoir plutôt bien fait. J’ai exposé mes peurs et mes joies. J’ai cherché l’universel, et ce qui nous rassemble, dans mes expériences singulières. C’est ça qui m’a toujours intéressée.
Depuis deux ans, ma vie, c’est beaucoup lui. En plus d’être merveilleux, il est une source d’inspiration incroyable. Et je ne sais plus très bien ce que j’ai le droit d’écrire. Les limites me semblent floues. Les frontières poreuses.
Peut-être que c’est aussi cela, devenir mère : apprendre à trouver ce qui m’appartient encore. Apprendre à écrire ce qu’il fait naître en moi, tout en le préservant, lui.
