
Au quotidien, et naturellement, j’ai tendance à rester dans mon cocon. Je n’ai jamais été particulièrement sportive, aventureuse ou extravertie. J’ai besoin de calme et de solitude. D’un lieu de vie où je me sens bien et qui me rassure.
En grandissant, j’ai appris à – aimer – sortir de ma zone de confort et à en ressentir les bienfaits. J’ai, aussi, compris cette nécessité de trouver un équilibre entre mon quotidien sécurisant et ce besoin de dépassement de soi.
Je ne force jamais les choses. Je ne me mets pas non plus en danger. J’ai appris à écouter ma toute petite voix à l’intérieur et à prendre le temps. Si je comprends que ce qui m’empêche de réaliser un projet est la peur, alors, je saute.


J’ai appris, quand je me suis lancée en freelance il y a quatre ans, à maitriser ma peur intellectuelle. A répondre un grand oui enthousiaste face à des projets qui me semblaient alors des montagnes. J’ai appris à maitriser mes tremblements et le coeur qui bat un peu trop fort. J’ai appris à ne plus avoir avoir peur de rencontrer de nouvelles personnes, de parler de mes compétences et de mon métier face à des inconnus. J’ai appris la joie de se dépasser et la fierté de se réaliser.
J’ai appris, finalement, à ne pas avoir peur de ma peur et à la considérer comme inhérente à ma façon de fonctionner. J’ai alors découvert un champ de possibles immenses. Et au delà de ces possibles qui s’offraient tout à coup à moi, j’ai découvert ce sentiment de liberté incroyable et de dépassement de soi.
En dépassant mes peurs, je me suis découverte enthousiaste, indépendante et apaisée.


Peu à peu et naturellement, j’ai étiré cette envie de me dépasser hors de cette zone intellectuelle. J’ai, pour la toute première fois de ma vie, appris à regarder mon corps et à l’écouter. A me faire confiance. Je partais de loin. Depuis toute petite, mon corps me semblait une maison peu confortable. Une maison un peu ingrate, un peu sombre. J’étais, ou plutôt je me trouvais, trop grosse, trop petite, trop molle. J’étais trop, ou pas assez. Alors, je me focalisais sur ma raison et je tentais de gommer ce corps.
Et puis j’ai appris à faire corps, justement, avec mon corps. J’ai allumé les lumières. Je l’ai observé. J’ai levé les yeux. J’ai appris à la regarder et à le connaitre. J’ai aussi appris la nécessité de l’aimer un peu et d’être en harmonie avec lui. J’ai appris, compris, que l’on était un tout. Alors, et doucement, je l’ai apprivoisé.
J’ai aussi compris, et c’est peut-être le plus important, que la petite fille un peu trop intello, un peu mal dans sa peau et un peu nulle en sport ; n’était pas une fatalité. Que le corps ne devrait jamais être perçu comme un fardeau et que l’on devrait apprendre à tous les enfants du monde à l’aimer. A s’aimer. Qu’on devrait leur dire combien ils sont merveilleux, incroyables et beaux.
J’ai aussi compris qu’il ne tenait qu’à moi de regarder mon corps d’une manière un peu différente. D’une manière un peu plus bienveillante et douce. Qu’il suffisait de changer d’angle. Qu’apprivoiser mon corps ne me rendrait pas égocentrique, ou moins intéressante ; mais qu’il me permettrait en revanche de vivre en accord avec moi-même.
En douceur, j’ai appris à lui faire confiance, à me faire confiance.


Mardi dernier, il y a eu cette randonnée au milieu de la jungle thaïlandaise. Cette randonnée qui a été une des plus belles et des plus éprouvantes que j’ai pu réaliser. Je pourrais vous parler de ma peur de tomber-glisser-mourir – rien que ça, oui – et de mes jambes tremblantes, mais je préfère garder la beauté de cette vue tout en haut et la fierté d’être arrivée jusqu’au sommet.
Il y a eu, pour la toute première fois aussi, ce lâcher-prise devant un appareil photo. Il y a eu les mots rassurants et la bienveillance de Lili et d’Alex, leur absence de jugement et cette peur d’être photographiée envolée au fil des jours.
Il y a eu ce sourire lorsque j’ai vu les premières images, et cette énergie incroyable de se reconnaitre. Je veux dire de ne pas se trouver particulèrement jolie ou mise en valeur pour être soi en mieux – et pour fuir la réalité. Mais, plutôt de se voir dans ces images, et d’être sereine et apaisée face cette réalité-là.


Je crois que je voudrais me souvenir de ce sentiment incroyable de dépassement de soi. Cette sérénité et cet apaisement trouvés en Thaïlande. Cet apaisement qui me chuchote de me faire confiance, de m’écouter, de respirer ; et que la vie sera alors un joli et surprenant voyage.
Et, peut-être aussi, cette pensée que si j’ai pu y arriver ; je pourrais encore gravir toutes les montagnes du monde – et que vous aussi.

