2025, une année de traversée


J’ai hésité à publier ce bilan. Puis j’ai décidé de le laisser tel qu’il est.

Cette année a été dense. Exigeante. Vertigineuse. Ma première année complète en tant que mère. Elle m’a poussée dans mes retranchements et au-delà de mes limites. J’ai avancé fatiguée. J’ai douté. J’ai eu peur. Peur pour mon enfant, peur pour mon travail, peur pour ma famille, peur de ne être assez forte. Peur de manquer, de ne pas tenir.

Je n’ai pas été forte tout le temps. J’ai pleuré. J’ai été en colère. J’ai eu envie de tout arrêter. J’ai cru que je n’étais pas à la hauteur. Mais j’ai continué. Jour après jour. Mois après mois. Un pas après l’autre. J’ai appris que ni tenir, ni être mère, ne ressemblait pas à ce que j’imaginais. Ce n’est pas un acte héroïque. C’est discret, nécessaire et quotidien.

Continuer à prendre soin de mon enfant, des autres, de moi. Veiller, le jour. La nuit. Aller courir quand tout semble trop lourd. Ecouter, prendre soin. Continuer à créer même quand l’élan et l’énergie manquent. Faire de la place à l’imparfait. A la vie réelle. Et, peut-être l’essentiel, accepter sa vulnérabilité et apprendre à demander de l’aide.

Cette année m’a appris que tout ne se maîtrise pas. Que certaines choses se traversent comme on peut, du mieux qu’on peut. Que la fatigue s’immisce dans chacune de nos pensées, de nos paroles et de nos actes. Que certaines présences portent, et que d’autres alourdissent et détruisent. J’ai appris que me détacher était parfois salvateur. Que ralentir, mettre entre parenthèses, n’est pas renoncer. J’ai appris à écouter mon corps et mes émotions. À tordre le cou à la peur et à la colère. À définir mes limites et à tenter de les respecter. A me protéger.

Au fil des mois, j’ai retrouvé la joie. Pas celle qui fait du bruit, qui se verbalise, qui claque. Une joie plus douce, plus profonde. Intime. Dans les rires de mon fils. Dans les gestes répétés et quotidien. Dans la sérénité et les projets qui trouvent à nouveau leur place.


Janvier — tenir
Je fais du sport. Je m’y accroche comme à une bouée. Mon bébé a six mois et la fin de l’allaitement exclusif approche. Je suis épuisée. Cela fait six mois que je ne dors pas et que je tente de tout concilier. Le 28 décembre, mon comptable m’a annoncé qu’il arrête. Je cherche quelqu’un d’autre dans l’urgence. Mon enfant est gardé pour la première fois, dans la pièce d’à côté de mon bureau. L’entendre pleurer me fend en deux. Il est si petit, si fragile. Il a besoin de moi autant que j’ai besoin de lui.

J’essaie de travailler. Je culpabilise de ne jamais être au bon endroit, ni comme mère, ni pour Les mots à l’affiche. Je ressens beaucoup de colère. Je trouve la société injuste envers les femmes, envers les mères. Je ne parviens pas à trouver ma place. Je ne parviens à verbaliser. Je ne parviens pas à trouver mon équilibre.

La diversification alimentaire commence. Je cuisine, je goûte, je regarde ses grimaces. Mon fils grandit. On rit de plus en plus ensemble. Cela me rend heureuse et légère.

J’essaie de me projeter vers l’année qui commence. Je n’y arrive pas.


Février — serrer les dents
Les bilans comptables révèlent des erreurs importantes. Tout est à reprendre, vite. Une montagne se dresse. Je stresse. Je trouve une nouvelle équipe pour m’accompagner. Je décide de me faire coacher, de ne plus tout porter seule. Cela me semble vital.

Je fais du sport trois fois par semaine. Le sport devient un refuge. Holly est malade. J’enchaine les rendez-vous chez le vétérinaire. Elle n’entend plus. Elle ne voit plus. Elle souffre beaucoup. La journée, je trouve refuge dans des cafés, à quelques pas de l’appartement pour ne pas entendre mon fils pleurer. Je rentre toutes les deux heures pour l’allaiter. Pour soigner Holly. La nuit, mon bébé ne dort pas. Holly non plus. Moi non plus.

Le chiffre d’affaires chute. De tout, je me sens coupable et absente.


Mars — la peur et la fierté
Je continue de courir, d’écrire, d’avancer. Je cuisine chaque jour pour mon fils. Je le fais rire. C’est mon ancre. Holly se fait opérer. Elle pourrait ne pas se réveiller. On a tout tenté pour repousser l’opération. On lui retire un œil. Elle se réveille. Elle vit. Elle a déjà moins mal. Je respire.

Première visite aux urgences à l’hôpital des enfants. Rien de grave, pourtant la peur s’imprime en moi. On lance Ivre de vie avec Marie, un projet sur les addictions. Je n’ose plus écrire et partager mes humeurs. J’ai honte de ce que je ressens, de ne pas être assez forte. Alors, je tente de lisser ma colère. Je minimise. Je tais les injustices qui me traversent. Je gomme. Je me mens à moi-même pour continuer d’avancer.

Pour la Journée internationale des droits des femmes, Amélie écrit l’affiche « À toi, qui as tant à vivre ». Elle me bouleverse et me rappelle le sens de mon travail. Un dimanche matin, le ciel est bleu. Je me fais photographier sur un coup de tête par Solenne Jakovsky. Les images sont belles. A travers son regard, une poignée de secondes, je me retrouve.


Avril — revenir au vivant
Holly va mieux. Mon fils et elle deviennent complices. Je travaille depuis la bibliothèque du patrimoine. Les journées sont plus douces. Premières randonnées, mon fils commence l’éveil musical. Je revois quelques amies.

Je lance une collection Cap. Cap d’aimer, cap de s’engager, cap de faire famille. Et moi, suis-je cap de tout mener de front ? Comment font les autres mères ? Comment font les femmes pour tout concilier ?

Le 22 avril, j’ai trente-sept ans. J’écris un texte, Je me choisis. Qui deviendra une affiche et une des meilleures ventes de 2025. Cela sera mon mantra pour les mois à venir.


Mai — continuer malgré tout
Je continue le sport, même sans envie. Surtout les jours sans envie. Les rendez-vous comptables s’enchaînent. Mon ancien comptable ne répond plus. Je mesure l’ampleur des choses à reprendre et à réparer pour être sereine. J’ai peur pour Les mots à l’affiche, pour l’argent, pour l’avenir. Je me prive de tout.

Le coaching ouvre des portes que j’avais volontairement fermé. C’est douloureux et nécessaire. Je travaille la vidéo. Je travaille mon modèle économique. Je travaille le référencement. Je travaille la version mobile du site. Je travaille. Je découvre l’IA comme appui, comme accélérateur. Cela soulève beaucoup de questions. Je chemine. Je sors de ma zone de confort. A la fin du mois, j’augmente les tarifs de la boutique, une décision repoussée depuis des années. Je fais face à la réalité.


Juin — respirer
Cadaqués. La mer. L’horizon bleu. Mon fils se baigne pour la première fois dans la mer. Il rit aux éclats. Je grave ces images profondément en moi.

Je fais des vidéos. J’écris. Je monte des images de sa première année. Je prends du recul sur l’entreprise. Je comprends que tout ne peut pas être maîtrisé. J’essaie de respirer dans l’incertitude. De me laisser flotter. Je lâche la rampe.

Je nage, et parfois, je bois la tasse.


Juillet — ralentir
Ma nounou est en vacances. Je garde mon fils pendant un mois.

Pendant ses siestes, j’écris la nouvelle collection. Je renonce à l’idéal. Je baisse l’armure. J’écris vrai. J’écris mieux. J’écris plus juste. J’écris Les jours imparfaits. La fatigue, la tendresse, les colères, les journées brouillonnes. Et l’amour, malgré tout, par-dessus tout. Je me sens enfin plus alignée.

J’accompagne la collection d’une série d’affiches pour les femmes. J’ai le droit d’exister en grandChaque jour, tu fais de ton mieux, et c’est déjà beaucoupTu mérites un amour. Ces affiches, je les écris avant tout pour moi.

Fin juillet, mon bébé fête son premier anniversaire. Un an. Une traversée. Je me dis que j’ai tenu. Je suis fatiguée. Je suis fière de moi.


Août — se redresser
Je mets en page Les jours imparfaits. Je prends le temps. Je ralentis. À défaut de parvenir à sauver Les mots à l’affiche, je décide de me sauver, envers et contre tout. Je me choisis. Je verbalise à des proches. Je prends du recul. Je définis mes limites. J’observe ce que j’ai écrit et je comprends pourquoi cette collection devait exister.

Je travaille le site BtoB. J’avance lentement, mais j’avance. Je respire. Mon fils est de nouveau gardé. Les séparations sont difficiles, les nuits chaotiques. L’inquiétude financière est là, tenace. Elle se faufile partout. Mais quelque chose a changé. Je ne fuis plus. Je continue. Je relève la tête. De ça, je me console.

On lance une vente privée avec Choose. La même semaine, mon locataire m’annonce son départ. Il va falloir gérer, composer, agir vite. Je le fais. Je ne suis pas sereine, mais j’avance. Je poste une annonce, je fais du tri. Je veux que mon enfant soit fier de sa mère. Je me répète cette phrase en boucle.

Je pleure moins. Et c’est une merveilleuse nouvelle.


Septembre — reprendre
Je lance Les jours imparfaits. L’accueil est beau, sincère, inattendu. On m’écrit. On me remercie. Je comprends que cette collection arrive au bon moment, pour les autres comme pour moi.

Mon fils est gardé par une assistante maternelle. Il pleure. Je pleure. On pleure. Puis les jours passent. Les séparations deviennent un peu moins douloureuses. Les retrouvailles sont douces. Satine termine son alternance. Je me retrouve seule à l’appartement. Il se remplit de silence. C’est doux. Cette solitude-là, que j’avais tant attendue, me permet de créer à nouveau. De travailler sans être interrompue, sans me disperser, sans m’épuiser.

Je relance enfin la prospection commerciale. On tourne une vidéo avec Marion pour le lancement de la collection. Je teste de nouveaux formats sur Instagram. Le chiffre d’affaire repart à nouveau. Cela m’apaise.

Chaque fin d’après-midi, une routine s’installe : le manège, les glaces, les détours inutiles et précieux. On cuisine à quatre mains. Je crois enfin trouver un rythme.


Octobre — affirmer
Sept ans de Les mots à l’affiche. Je mesure le chemin parcouru. Je suis fière pour la première fois de ma vie. Je sors une nouvelle collection, plus joyeuse, plus colorée, plus optimiste et légère : Tout est possible. Elle ouvre une porte. Elle marque un tournant.

Elle annonce la boutique éphémère. Elle annonce le retour des beaux jours. Les retours sont bons, encourageants. Un vendredi, je pars à la montagne rejoindre Marion. Le corps respire. L’esprit aussi. Je marche, je ris, je dors mieux.

À mon retour, je loue mon appartement. Un poids se dépose. Lentement, mon esprit s’apaise.


Novembre — ouvrir
Quelques jours à Barcelone. Changer d’air me fait du bien. Je signe le bail de la boutique éphémère. On se lance dans un déménagement et quelques travaux. C’est concret. Réel. On part au Maroc avant l’ouverture. La lumière, les couleurs, la mer. J’ai des rêves à nouveau, et des idées plein la tête. Des envies. Des projets. Je vais mieux.

Je me sens plus solide. Pas invincible. Mais ancrée et présente. Je regarde l’année presque en face. Et je me dis que j’ai appris. Beaucoup.


Décembre — célébrer
Le 1er décembre, la boutique ouvre. Il y a du monde, des sourires, des mots échangés. Je me sens bien. Je me sens mieux. On organise une soirée de lancement. Je suis entourée de personnes qui m’accompagnent, m’aiment et me soutiennent, et je réalise. Le chemin parcouru. Les nuits sans sommeil. L’amour qui résiste. Mon fils qui grandit si vite. Tout passe, sauf l’amour. Je ne serai plus jamais seule.

Le 31 décembre, on va voir Casse-Noisette à l’opéra. C’est beau. C’est doux.

L’année se termine. Je suis debout. Avec la joie et la fierté d’avoir tenu. Et de la gratitude.


2026. 2026, je me souhaite de continuer à prendre soin de moi. De protéger mon énergie et mon espace. De faire grandir Les mots à l’affiche sans m’y perdre. De créer avec exigence, mais sans m’oublier. De dire non quand c’est nécessaire. De continuer à écouter mes limites.

Je me souhaite du temps. Du vrai temps. Pour mon enfant. Pour aimer. Pour écrire. Pour respirer. Pour être légère. Je me souhaite, enfin, de retrouver la confiance en moi et envers l’avenir.

Je me souhaite le bonheur des jours ordinaires et imparfaits.

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